Un GR vers Copenhague J-81 : Episode 3
Le 28 Septembre 2009



Episode 3 :
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » : Les impacts naturels de l'inaction

 

En mettant en place dès maintenant des actions permettant de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, nous ne pourrons voir les effets que dans quelques dizaines d’années. Mais ne nous voilons pas la face : si nous ne faisons rien, dès aujourd’hui, nous pouvons nous fier à ce que nous avancent les différents scientifiques : le monde va changer, (trop) violement.

 

Imaginons : nous sommes en 2050 et nous n’avons rien fait…

 

Les impacts à l’échelle mondiale

 

En moyenne, on estime que le phénomène du changement climatique actuel est 100 fois plus rapide que les variations climatiques naturelles de la Terre, le changement des valeurs moyennes s’accompagnant d’une amplification des extrêmes.  2050, tour d’horizon de notre nouvelle planète Terre :

 

·          Les écosystèmes existants sont menacés de par les changements des milieux (Variation des températures, de l’hydrométrie, …). La barrière de corail a diminué de 30% d’ici à 2040, les espèces connaissent une nouvelle distribution. Et quand une espèce est touchée, c’est toute la chaîne alimentaire associée qui se trouve menacée : 20 à 30% des espèces animales sont en danger d’extinction.

 

·           Les glaces marines et continentales fondent. On prévoit une diminution de 22 à 33% de la banquise arctique d’ici à 2100, et de 80% de la surface des glaciers de l’Himalaya d’ici à 2030. Les châteaux d’eau de la planète sont en danger.

 

·           Les précipitations augmentent, à cause d’une évaporation au niveau des océans plus importante.  La nouvelle distribution de la ressource en eau s’accompagne d’inondations, de cyclones et de tempêtes tropicales. Des régions sont touchées par la pénurie d’eau, les zones arides et semi arides augmentent de 5 à 8% d’ici 2080, des lacs s’assèchent alors que le niveau moyen des océans augmentent (de +18 à +59 cm d’ici 2100), immergeant certaines terres continentales (deltas) et de nombreuses îles.

A noter, une réduction moyenne et constante de l’humidité ne serait pas trop préjudiciable à la végétation si elle se reproduit tout les ans, alors qu’une réduction brutale de 50% tous les 5 ans engendrerait des dégâts redoutables sur la biosphère car irréversibles : les extrêmes que nous connaissons actuellement sont donc particulièrement dangereux, et de plus en plus imprévisibles).

 

 

 

Les changements attendus en France

Une augmentation globale de la température n’aura pas les mêmes conséquences en chaque point du globe. En France continentale, la température moyenne à déjà augmentée de 0,9°C au cours du XXème siècle. 2050, tour de France :

 

  • Les vagues de chaleurs estivales sont plus intenses, plus fréquentes et plus longues. Après 2070, un été sur deux est plus chaud que celui de l’année 2003, appelé alors « canicule »

 

  • Les précipitations intenses augmentent en hiver alors que les périodes de sécheresses se rallongent en été. Ainsi, durant la période estivale, les débits d’étiages diminuent, et l’assèchement s’accentue au Sud.

 

  • La fréquence et la violence des tempêtes augmentent, et il est de plus en plus difficile de les prévoir. Les littoraux (plages et falaises) s’érodent rapidement, et les estuaires comme la Camargue s’immergent.

 

  • La diversité des forêts est impactée, avec la disparition de certaines essences d’arbres comme les Hêtres, les rendements agricoles du sud du pays diminuent fortement, touchés par les sécheresses.

 

 

 

Les territoires de montagne en première ligne

 

Les territoires de montagne sont de vrais laboratoires du changement climatique ; en effet, ses impacts sont plus rapides, souvent plus violents, et particulièrement visibles. Ainsi, la température moyenne constatée dans nos massifs a augmenté non pas de 0,9°C mais de 1,1°C.

 

Alors, si nous n’agissons pas dès aujourd’hui, à quoi pourraient ressembler nos sommets et vallées dans quelques années ? 2050, petit trek en montagne :

 

  • Pour chaque degré Celsius supplémentaire, la limite pluie-neige s’élève de 150m : les durées d’enneigements et la couverture neigeuse diminuent, l’augmentation des précipitations ne compensant que très partiellement l’élévation de la température. Avec une augmentation de 2°C, le nombre de stations viables passe de 148 à 96 dans les Alpes, soit une diminution de 35%.

 

  • La limite du permafrost, autrement dit l’altitude au dessus de laquelle le sol est gelé en permanence, augmente de la même façon : en dessous, la cohésion géologique n’est plus assurée, les éboulements se multiplient, les faces sont redessinées.

Avec une hausse des températures de 3°C, la quasi-totalité des glaciers français a disparu.

 

  • Les risques naturels se sont multipliés : inondations, glissements de terrain et avalanches deviennent récurrents.

 

  • Certaines espèces florales, faute de retrouver des habitats correspondant à leurs besoins climatiques, ont disparu (25% dans les Alpes du nord, 60% dans les Alpes méditerranéennes). la zone de combat entre la forêt et les alpages se situe à plus haute altitude. Rappelons que la neige constituait un masque contre le soleil et une protection contre le gel pour une grande partie de la flore.

 

  • Des espèces animales, comme le papillon Apollon ou l’emblématique Tétras lyre n’ont pas supporté les brutales évolutions climatiques et se sont éteintes.

 

Pessimistes ? Pas si sûr…

 

Les prévisions des scientifiques, exposées ci-dessus, ne sont pas démesurées, même si elles restent des hypothèses. D’ailleurs, elles se basent pour la plupart sur une élévation de la température comprise entre 2 et 4°C, soit les prévisions basses du GIEC.

 

Avec une augmentation de 1,1°C, les impacts sur nos massifs français sont déjà largement visibles :

 

  • 40% de neige cumulée en moins relevée au Col de Porte depuis 1960, soit en moins de 50 ans. Certaines stations, comme Abondance en Haute Savoie connaissent déjà des difficultés à traverser certains hivers. La production de neige de culture, nécessitant des températures inférieures à -2°C, est de plus en plus difficile à mettre en place : on retrouve des canons à neige jusque sur les glaciers.

 

  • Les glaciers français ont aujourd’hui régressé à  un niveau encore jamais atteint au cours des 4 derniers siècles. Ils ont perdu entre 20 et 75% de leur masse en seulement 150 ans, et les mesures réalisées ont permis de déterminer que les émissions de GES anthropiques  sont principales responsables du résultat.

 

·         Alors que leur fréquentation reste tous les ans plus importante, le nombre de domaines skiables estivaux s’est réduit comme peau de chagrin, à l’image de l’étendu des domaines eux-mêmes et des durées d’ouverture. Aujourd’hui, seulement 3 domaines français offrent cette activité (Tignes, les 2 Alpes et Val d’Isère avec la réouverture de leur glacier cette année).  Il était 2 fois plus quelques années auparavant.

 

  • Les 11 dernières années figurent parmi les 12 années les plus chaudes enregistrées depuis 1850

 

 

Alors ?

 

Les mesures prises aujourd’hui pour limiter l’élévation de la température globale n’auront d’effet que dans quelques dizaines d’années (entre 20 et 50 ans), mais c'est dès maintenant qu'il faut tous les jours adapter nos gestes quotidiens pour accompagner le changement, et non pas le subir.

 

Au cœur de ce changement, l’Europe et la France ont une particularité primordiale : une grande capacité d’adaptation. Tous les citoyens du monde n’ont pas cette chance : aujourd’hui, c’est d’évolution que nous parlons, de changement. C’est ensemble que nous devons marcher vers Copenhague !!!

A voir, à lire :

 

-       Site de Mountain Riders, le changement climatique : www.mountain-riders.org/_changementClimatique/rechauffementclimatique.php

 

-       Site du RAC (Réseau Action Climat) « Changements climatiques : comprendre et réagir » : http://www.rac-f.org/rubrique.php3?id_rubrique=377

 

-       Site d’Agora 21 : http://www.agora21.org/mies/chan-clim.html

 

 

-      Rapport du GIEC (2007) : www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/syr/ar4_syr_fr.pdf